dress code

À chaque métier son dress code ! Respect de la tradition, habitudes acquises ou nécessité pratique, tout corps de métier a son propre code vestimentaire : difficile, pour un avocat ou un expert-comptable, de recevoir ses clients en short et en chemise à fleurs… A contrario , un ouvrier travaillant sur une chaîne de montage ne pourrait se présenter à son poste en costume trois-pièces sans que son attitude ne soit ressentie comme une provocation par les autres. En France encore plus que chez nos voisins du Nord de l’Europe, le dress code est particulièrement conformiste : exit  piercing, tatouages ou cheveux roses, on veut de la normalité.

Au fil des années, ces codes évoluent : les guichetiers de la plupart des banques n’ont plus l’ordre de porter la cravate comme c’était le cas il y a encore une vingtaine d’années. Par ailleurs, des nuances plus ou moins subtiles sont apparues selon les activités, ainsi, on attend plutôt d’un publiciste qu’il arbore dans son apparence vestimentaire le mélange d’originalité créative et de sérieux qui qualifie son travail.

Si l’on met de côté les uniformes et les signes distinctifs nécessaires dans de nombreuses fonctions (il est important que les vendeurs d’un grand magasin soient identifiables au premier coup d’oeil), le choix d’un vêtement n’est jamais anodin : il renseigne non seulement sur la personne qui le porte, mais aussi sur l’entreprise ou l’organisation à laquelle celle-ci appartient. Communication non-verbale par excellence, la tenue est donc associée à l’individu, à la culture et à l’identité de l’entreprise, à l’attente des clients et partenaires, ainsi qu’aux références personnelles du dirigeant : un patron de PME issu de la génération Y n’aura souvent ni le même « look » ni les mêmes attentes envers les employés que son homologue baby-boomer.

Comme de nombreux autres sujets, le code vestimentaire doit donc pouvoir faire l’objet d’informations, de réflexions et d’explications : quelles sont les exigences ? pour quelles raisons ? Dans certaines situations, il peut être utile d’envisager une remise en question collective : quelles seraient les conséquences d’une transformation des habitudes vestimentaires, voire d’une absence de dress code sur l’ambiance, sur la clientèle ou sur l’image de marque de l’entreprise ? Toutes les règles, tous les questionnements, peuvent être envisagés, tant qu’ils respectent l’intégrité et l’intimité de chacun évidemment… et tant que l'on s’abstient de copier le célébre exemple d’UBS qui avait déclenché en décembre 2010 l’hilarité des réseaux sociaux en éditant un dress code de 44 pages à l’usage de ses salariés.

Si personne ne conteste la légitimité avec laquelle un établissement prestigieux se soucie de l’apparence de ceux qui le représentent, il faut reconnaître que la méthode choisie tenait à la fois du diktat et du happening  surréaliste. Ce document indiquait non seulement les couleurs et les étoffes que les employés doivent porter au quotidien, mais aussi les types de maquillage et de crème de jour suggérés, les hauteurs de jupes et de talons maximales pour les femmes, la position des manchettes pour les hommes, le nombre d’accessoires tolérés (bijoux, lunettes), ou encore… la couleur imposée aux sous-vêtements féminins ! « La réputation d’UBS constitue notre bien le plus précieux » , expliquait, sans ironie, le rédacteur du document en question pour justifier cette incursion dans l’intimité de ses employés…

En interne comme en externe, on suppose que la banque se serait volontiers passée de la réputation que cette affaire lui a apportée ! Depuis le milieu des années 1990, certaines entreprises françaises ont adopté la tradition du friday wear ou casual day issue des start-up de la Silicon valley. Une fois par semaine, la tenue décontractée du vendredi aplanit les rapports hiérarchiques : on travaille d’égal à égal, sans signe distinctif de position sociale ou d’échelon dans l’organigramme. C’est une manière de ressouder les liens et de faciliter les rapports humains… en outre, autoriser chacun à « être soi-même » en affichant son propre style vestimentaire, c’est aussi reconnaître les salariés comme des personnes, pas seulement comme des employés réduits à leur seule fonction. À condition toutefois que tout le monde joue le jeu et qu’une réelle marge de manoeuvre soit laissée à chacun.