ecrit

C'est culturel, l’écrit a tendance à s’appliquer et à cautionner ce qui est important, ce que nous souhaitons souligner. Les pouvoirs (politique et économique) dont dépend notre mode de vie ne sont-ils pas organisés et légitimés à partir de textes ? A l'inverse tant que les idées ne sont pas écrites c'est, nous semble-t-il, qu'elles ne sont pas essentielles. Pas notables !

D'ailleurs pour exister socialement, tout groupe s'empresse de produire des écrits où il donne sens à son existence. Dans un environnement complexe comme l'entreprise, la clarification du fonctionnement est nécessaire, les incertitudes doivent être réduites : l’écrit y contribue par l’ordre qu’il expose, les justifications qu’il apporte, les preuves qu'il laisse. Ses repères guident l'action.

Il matérialise et précise l’oral, permet sa conservation. Les traces de l'écrit sont identiques pour chacun, quel que soit son moment de lecture. Qui le veut peut transmettre à un tiers une information intacte, la multiplier sans déformation ni quiproquo. Avec l'écrit le temps tourbillonne moins. Chacun choisit son propre rythme, sélectionne et revient à loisir sur les informations pour mieux les comprendre et les retenir.

En ce qui concerne l'auteur, il doit au minimum canaliser toute excitation, se porter à réfléchir, investir du temps avant de s'engager. Cet acte prémédité est une garantie pour le lecteur : on n'écrit pas à la légère, ou si rarement !

Atout majeur, pendant une même durée on reçoit au moins trois fois plus d’informations par écrit que par oral. Quand on sait que le gain de vitesse est une des caractéristiques quasi communes à tous les progrès, on comprend que l’écrit n’ait pas été surpassé, éliminé. Lire requiert certes des efforts mais en contrepartie les libertés du lecteur sont presque sans bornes : il lit quand il veut, ce qu’il souhaite, selon l’ordre qui lui plaît et pendant le laps de temps désiré.

Porté à profiter de tant de libertés, le lecteur est prompt à sanctionner tout écrit qui ne comporte pas de message substantiel : lorsqu'on a rien à dire, on n'est pas obligé de le faire savoir... surtout par écrit !