génération Y

Ils veulent tout : la qualité de vie, la reconnaissance professionnelle et l’épanouissement personnel. Ils ont besoin d’activités stimulantes et leur motivation baisse quand ils se sentent happés par la routine. Ils n’ont pas peur de contester la hiérarchie et n’envisagent pas de rester figés au même poste, ni dans la même entreprise. Leur quotidien ressemble à un immense zapping : hyperconnectés, ils travaillent sur un projet d’un oeil, mais de l’autre ils restent en lien avec leur réseau communautaire, s’informent, échangent des mails, surfent au bureau. On les dit consuméristes et impatients, mais aussi flexibles et inventifs. Internet fut leur biberon, ils en ont conservé la culture de l’instantanéité, le multitâche et les relations en réseau…

Eux, c’est ceux qu’on appelle la génération Y : ces gens nés entre 1978 et 1994, également qualifiés de digital natives  parce qu’ils semblent nés avec un ordinateur entre les mains. on ne compte plus les articles, les livres, les séminaires et les sites internet qui leur sont consacrés… Il faut dire que leurs comportements et leurs habitudes donnent des sueurs froides à leurs aînés, tant ils entrent en collision avec les codes, voire les valeurs des générations précédentes.

Inventée en 1993 par le magazine Advertising Age, l’expression génération Y désigne à la fois celle qui suit la génération X (née entre 1960 et 1978) et la génération du pourquoi, de la quête de sens (en anglais, Y se prononce comme why = « pourquoi »). D’autres termes sont également utilisés pour désigner les membres de cette génération. On parle ainsi des echos-boomers  (car beaucoup sont des enfants de baby-boomers ) ou encore des enfants du millénaire (« millenials »  en anglais, en raison de leur date de naissance proche de l’an 2000).

Un nouvel avatar de la querelle des anciens et des modernes ? Dans ce cas, ces « modernes » ont déjà l’avantage du nombre : selon l’INSEE, ils étaient 13 millions en 2010, soit 21% de la population française… contre seulement 11 millions de représentants de la génération X. Et les Y investissent massivement le terrain : l’INSEE prévoit que, d’ici 2020, un tiers des personnes ayant occupé un emploi en 2005 aura quitté le marché du travaiL et, en conséquence, laissé sa place à un plus jeune...

La culture Y en pratique

À chaque génération son lot d’effroi et d’incompréhension devant celle qui la suit : il y a vingt-cinq ans, les baby-boomers ont tremblé en voyant débarquer la génération X. On considérait cette dernière plus individualiste, plus pessimiste, plus méfiante à l’égard des organisations et des institutions et, déjà désireuse de trouver l’équilibre entre vie professionnelle et vie privée… Pourtant, l’intégration des X s’est faite sans difficulté, chaque génération apprenant progressivement à travailler au contact de l’autre. Gageons qu’il n’en sera pas autrement avec les Y ! En attendant, il n’est pas inutile de décrypter quelques-unes de leurs particularités les plus saillantes… et parfois les plus agaçantes aux yeux de leur hiérarchie.

Ils sont individualistes et ils le revendiquent

Depuis l’enfance, ils savent qu’ils devront se faire une place dans un monde miné par le chômage. Non seulement la famille et la société ne constituent plus des valeurs refuges, mais ils rejettent avec vigueur l’héritage qui leur échoit : l’hyper-consommation des trente Glorieuses et des décennies qui ont suivi leur laisse une planète abîmée, menacée par le dérèglement climatique. La solidarité leur pèse : « travailler pour payer la retraite des plus âgés, d’accord, mais moi, qui va payer la mienne ? ».  Ils ont le sentiment que les baby-boomers se sont taillé la part du lion en dévorant les ressources naturelles sans compter, en polluant sans vergogne et en s’arrogeant des avantages sociaux aujourd’hui devenus inaccessibles : « à vous le plein-emploi quand vous étiez jeunes, la croissance et la retraite à soixante, voire cinquante-cinq ans… à nous les miettes ! ».  Ils ont le sentiment d’une immense régression de la qualité de vie et ils n’ont pas tort : en décembre 2010, une étude a montré que, pour la première fois depuis des décennies, l’espérance de vie recule aux États-unis. Si certains les trouvent égoïstes, c’est peut-être que cet égoïsme s’est nourri de celui de leurs aînés.

Ils mélangent temps de travail et temps de la vie sociale

... Et parfois de la vie privée, en n’hésitant pas à lire et rédiger leurs mails personnels et leurs textos au bureau ? Une attitude immature, voire irrespectueuse, qui peut légitimement irriter leurs managers. Mais on peut aussi faire la part des choses en songeant que leur perméabilité fonctionne dans les deux sens : si on leur laisse assez de souplesse au bureau, ils n’hésiteront pas à réfléchir à des problématiques professionnelles pendant leurs week-ends, ni à finir un travail urgent chez eux, par exemple.

Ils n’ont pas beaucoup de respect pour la hiérarchie ?

Pour eux, le travail est un mouvement collaboratif : les titres, les années d’expérience et les statuts ne les impressionnent pas s’ils ne s’accompagnent pas d’une réelle légitimité au quotidien. Ils sont rétifs à l’autoritarisme aveugle quand les ordres leur semblent sans fondement, mais ils savent reconnaître et respectent la compétence, le partage d’expérience, la richesse d’un parcours.

Ils n’obéissent pas aux règles implicites des 40-60 ans

Ponctualité, tenue vestimentaire, vouvoiement, niveau de langue, etc. Si ces règles  sont importantes et non-négociables aux yeux du manager, ce dernier a tout intérêt non seulement à les formuler, mais aussi à les expliquer : dire en quoi leur usage revêt de l’importance pour lui et pour les autres salariés, les clients, etc., afin d’éviter tout malentendu. Le tutoiement, par exemple, peut apparaître comme une forme d’impertinence aux yeux des plus âgés. pour un grand nombre de Y au contraire, c’est le vouvoiement qui est synonyme de condescendance et de froideur. Une discussion ouverte permettra de définir un usage commun, en cohérence avec la culture de l’entreprise ou de l’organisation. Tutoiement ou vouvoiement, peu importe : la solution choisie sera adoptée par tous si elle est reconnue comme une marque de respect mutuel.

Ils ne vivent que dans le court terme et veulent tout, tout de suite

Cela ne signifie pas qu’ils sont incapables de se projeter dans l’avenir. Mais, pragmatiques, ils préfèrent planifier sur des échéances courtes et ajuster en permanence. Pour eux, l’essentiel est de bien mener les tâches et les projets en cours. Par ailleurs, leurs managers sont souvent décontenancés, voire agacés, par leur facilité à exiger ce que les générations précédentes attendaient pendant parfois des années : revalorisation de salaire, niveau de responsabilité accru, autonomie, congés sans solde, formation… On peut y voir l’attitude d’enfants gâtés à qui tout est dû, comme on peut apprécier leur goût pour les transactions franches. Passer des accords donnant-donnant avec eux permet d’entretenir leur motivation et leur envie de challenges, tout en permettant à chacun de s’y retrouver.

Ce sont des zappeurs

Nés avec les médias audiovisuels, rompus à internet depuis leur plus jeune âge, ils ont pris l’habitude de fonctionner en « mode multitâche », comme les systèmes d’exploitation de leurs ordinateurs. D’où le sentiment qu’ils sont incapables de se concentrer sur une mission, ou encore qu’ils cantonnent leur réflexion à une superficialité de surface. Cet éparpillement réel ou apparent, c’est aussi une faculté à rebondir, associer les idées et s’immerger en un clin d’oeil dans une problématique ou des enjeux nouveaux… des qualités précieuses, si l’on sait les exploiter.

Ils bouleversent l’ordre naturel de la transmission du savoir

Jadis, c’étaient les anciens qui montraient les process aux nouveaux arrivés, expliquaient le fonctionnement des machines, intervenaient en cas d’incident ou de panne. Aujourd’hui, c’est vers les plus jeunes que l’on se tourne quand on est face à un ordinateur qui plante ou qu’on ne trouve pas l’information dont on a besoin sur internet. S’il est déstabilisant, ce retournement de situation n’est surtout qu’apparent : les valeurs, l’histoire, la culture d’une entreprise restent portées par les plus expérimentés. À eux de le faire sentir et de ne jamais hésiter à partager une connaissance, montrer une astuce ou décrypter un usage.

L’affectif est leur carburant

C’est sans doute l’un de leurs traits les plus surprenants pour les observateurs des autres générations : aux yeux des Y, il est normal et souhaitable que l’émotion se manifeste dans le travail. Au moins autant qu’un bon job et un bon salaire, c’est une bonne ambiance qui les attire et les retient dans une entreprise. Conséquence positive, ils ont à coeur de l’entretenir et ils n’hésitent pas à devenir les moteurs de la convivialité. Revers de la médaille, « si l’un des membres de la tribu s’envole vers d’autres horizons, c’est tout le groupe qui peut le suivre ! », écrit Benjamin Chaminade. « Avec un problème de taille, les Y étant enclins à fonctionner par affinité et non par proximité métier, ce sont plusieurs services qui peuvent rapidement se retrouver avec des « trous » dans leur organigramme… »

 

Il serait évidemment caricatural de croire que les comportements évoqués ci-dessus sont l’apanage de l’ensemble des personnes nées après 1978. De plus, les frontières de l’âge sont fluctuantes : non seulement un grand nombre de jeunes ont des comportements radicalement différents de ceux qu’on vient d’énumérer, mais un nombre tout aussi conséquent de quadra, voire de quinquagénaires s’y reconnaissent au contraire très volontiers. Plus qu’une singularité générationnelle, le sujet de ce chapitre est donc bien celui d’une différence culturelle. d’ailleurs, certains chercheurs réfutent l’expression « Génération Y » et préfèrent utiliser celle de « Culture Y ».

Qu’on les trouve irritants et dépourvus de rigueur ou qu’on se félicite de leur créativité et de leur spontanéité dans les rapports humains, les Y sont là… et ils sont chaque jour de plus en plus nombreux. Plutôt que de feindre d’ignorer leurs différences, on a donc tout intérêt à susciter le dialogue et les rapprochements. en d’autres mots, à communiquer pour se comprendre.

>>> Les jeunes générations et... l'illusion d'optique - Les Echos

>>> "Vieux ! Comment échanger et travailler avec les jeunes ?" Enquête 2016