transparence

Évoquée de façon récurrente dans la presse et les discours politiques, la transparence semble devenue une vertu cardinale : on ne demande plus d’informations, on exige que soit respecté le « devoir de transparence ». En d’autres termes, cette notion est devenue une norme éthique.

Par définition, la transparence laisse passer la lumière. On sait que, dans de nombreuses cultures, cette dernière est associée à la vérité : ne dit-on pas qu’un enquêteur a « fait toute la lumière »  sur la sombre (forcément sombre) affaire dont il était chargé ? Être transparent, ce serait donc donner toute la place à la vérité, toute la vérité, rien que la vérité… Celle-ci étant complexe et mouvante en fonction des critères et de la perception de chacun. Les industriels de l’hygiène ont exploité l’image positive de la transparence lorsqu’ils mirent au point, il y a une quelques années, les premiers gels douches, shampooings et autres liquides vaisselle translucides. Un artifice pour suggérer la pureté présumée de ces produits : si c’est transparent, c’est que le produit n’a rien à cacher. En politique ou dans les entreprises, il n’est pas rare que la transparence soit invoquée pour mieux jeter des zones d’ombre sur ce que l’on voudrait taire ou cacher. Elle est dans ce cas un pur produit de la langue de bois. On se souvient ainsi de ces grandes entreprises internationales, telle que l'entreprise américaine Enron, dont le credo officiel était de pratiquer toujours davantage de transparence et qui a disparue suite à un immense scandale financier…

Nous ne sommes pourtant ni des vitres, ni des verres d’eau inodore, incolore et sans saveur. Se prétendre « transparent », ce serait affirmer n’avoir ni secrets ni épaisseur… et ce serait donc proférer un mensonge : on peut être sincère, honnête, franc, mais, à moins de trouver la formule de l’homme invisible du roman d’H.G. Wells, personne ne peut se prévaloir d’être transparent. Quant aux entreprises, la transparence peut leur être fatale : un PDG qui révèlerait une OPA en préparation serait suicidaire, un fabricant de sodas se laisserait avaler par la concurrence s’il rendait sa recette publique, une entreprise high-tech irait tout droit à la faillite si elle communiquait sur ses recherches et développements en cours. En communication interne, chercher à tout prix la transparence, c’est non seulement un objectif inaccessible, mais c’est surtout nier le potentiel de la confiance. Car avoir confiance en une personne ou un groupe, c’est accepter de ne pas tout savoir d’eux, être prêt à respecter (et ne pas craindre) leur opacité et leurs parts d’ombres. En somme, c’est accepter les pré-requis d’une relation et d’une ambiance meilleures.


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